Prostitution et
tolérance zéro autour de la "Prom"
Nuisances sonores, souillures
en tous genres, insécurité : des riverains ne supportent plus les
troubles générés par le marché nocturne du sexe, difficilement punissable
Insupportable.
Le plus vieux métier du monde est de plus en plus intolérable pour de nombreux
riverains d'une partie de la Promenade des Anglais, de la rue de France et de
leurs ruelles perpendiculaires.
Ainsi,
à travers différents courriers, pour l'instant toujours sans réponse, adressés
notamment au commissaire central, au procureur de la République, etc., la
trentaine de copropriétaires habitant au 93 et 93 bis de la Promenade, dénoncent
les gênes et les perturbations, dont ils sont les victimes depuis des mois,
toutes les nuits, de 21 heures à 6 heures du matin, non seulement côté mer,
mais également côté terre, rue Gardon, une petite voie peu fréquentée,
jouxtant leur immeuble : bruits de voitures, claquements de portières,
cris, altercations... Sans oublier évidemment les traces de ces passages appuyés
et répétés : préservatifs et mouchoirs en papier souillés, excréments,
etc.
Idem dans les environs
Ces mêmes
nuisances sont aussi le lot quotidien d'autres coins sombres des rues Cordier et
Renoir, devenus lieux incontournables de passes affligeantes dans les véhicules,
souvent stationnés à la queue leu leu. Là encore, vrombissements de moteurs,
bruit de portières, bagarres, souillures en tous genres. Les habitants n'en
peuvent plus.
« Personne
ne peut rien faire parait-il », déplore
une copropriétaire. Il est vrai que la loi joue sur les mots : la
prostitution n'est pas une activité illicite, c'est le proxénétisme qui est
proscrit. Les filles qui tapinent seraient donc consentantes et agiraient sans
pression ? On peut se poser la question et rigoler de cette hypocrisie.
Les
riverains de la "Prom", s'interrogent eux aussi, car tolérance ou pas
de la prostitution, il y a bel et bien trouble du voisinage : « Est-ce
à nous de supporter la présence devant chez nous, d'un proxénète dans sa
voiture, sur le trottoir, surveillant au moins quatre ou cinq jeunes femmes
slaves ? Est-ce à nous de supporter excréments, préservatifs dans notre
environnement proche ? N'avons-nous pas le droit, d'être protégés par
les pouvoirs publics ? ».
Sanctionner les clients
Le Comité
de quartier des Baumettes, dont dépend ce secteur, a bien entendu été
saisi du problème. Selon son président, Jean-Christophe
PICARD, « afin de lutter contre ce phénomène, il faut commencer
par sanctionner les clients des prostituées ».
Lui
aussi est conscient des nuances tirées par les cheveux : « Certes,
la prostitution n'est pas en soi interdite. Il existe bien un délit de
racolage, mais il ne permet de verbaliser que les prostituées qui accostent les
passants, ce qui est d'ailleurs quasiment impossible à démontrer. Néanmoins,
en attendant un renforcement de la législation, nous rappelons que le maire
peut recourir à l'article R.37-1 du code de la route. Celui-ci lui permet de
prendre un arrêté réglementant l'« arrêt » des véhicules en
double file sur la voie publique... Aussi, en interdisant les arrêts en double
file sur certaines rues, il est possible de verbaliser les clients qui stoppent
leur voiture pour accoster les prostituées ».
La Ville désarmée
On
peut rêver... On voit mal, en effet, comment des policiers, dont les effectifs
ne sont pas pléthoriques, pourraient passer leur temps à patrouiller jusqu'à
l'aube, dans les endroits chauds, carnet de P.V. en main, avec toutes les autres
urgences à gérer par ailleurs.
Jean
HANOT, adjoint au maire, délégué à la sécurité, à la gestion de la voie
publique et à la circulation, ne se cache pas les yeux : « Contre
ces nuisances, la Ville est complètement désarmée. Encore plus que pour les
SDF, qu'on peut faire partir pour des mesures d'hygiène car le code nous
couvre. Or là, seul le racolage actif est répréhensible et pour le prouver... »
Au
S.I.R. (service d'investigation et de recherche) du commissariat central de
Nice, on indique, que « la police est à l'écoute et qu'elle effectue
des contrôles réguliers ». Les fonctionnaires estiment d'autre part « que
les ébats sur la voie publique ne sont pas l'idéal » et
qu'effectivement, les cours intérieures, les voies privées, les impasses...
sont plus courues pour la tranquillité.
Que
faire alors ? « Envisager la pose de grilles, portiques, barrières
électroniques... Cela dit, lorsque beaucoup de doléances sont enregistrées,
on peut diligenter une opération pour que les filles aillent ailleurs, mais
c'est décaler le problème plus loin... ».
Christine
RINAUDO