Comité de quartier des Baumettes

"Nice-Matin" du 13 octobre 2001

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Prostitution et tolérance zéro autour de la "Prom"

Nuisances sonores, souillures en tous genres, insécurité : des riverains ne supportent plus les troubles générés par le marché nocturne du sexe, difficilement punissable

Insupportable. Le plus vieux métier du monde est de plus en plus intolérable pour de nombreux riverains d'une partie de la Promenade des Anglais, de la rue de France et de leurs ruelles perpendiculaires.

Ainsi, à travers différents courriers, pour l'instant toujours sans réponse, adressés notamment au commissaire central, au procureur de la République, etc., la trentaine de copropriétaires habitant au 93 et 93 bis de la Promenade, dénoncent les gênes et les perturbations, dont ils sont les victimes depuis des mois, toutes les nuits, de 21 heures à 6 heures du matin, non seulement côté mer, mais également côté terre, rue Gardon, une petite voie peu fréquentée, jouxtant leur immeuble : bruits de voitures, claquements de portières, cris, altercations... Sans oublier évidemment les traces de ces passages appuyés et répétés : préservatifs et mouchoirs en papier souillés, excréments, etc.

Idem dans les environs

Ces mêmes nuisances sont aussi le lot quotidien d'autres coins sombres des rues Cordier et Renoir, devenus lieux incontournables de passes affligeantes dans les véhicules, souvent stationnés à la queue leu leu. Là encore, vrombissements de moteurs, bruit de portières, bagarres, souillures en tous genres. Les habitants n'en peuvent plus.

« Personne ne peut rien faire parait-il », déplore une copropriétaire. Il est vrai que la loi joue sur les mots : la prostitution n'est pas une activité illicite, c'est le proxénétisme qui est proscrit. Les filles qui tapinent seraient donc consentantes et agiraient sans pression ? On peut se poser la question et rigoler de cette hypocrisie.

Les riverains de la "Prom", s'interrogent eux aussi, car tolérance ou pas de la prostitution, il y a bel et bien trouble du voisinage : « Est-ce à nous de supporter la présence devant chez nous, d'un proxénète dans sa voiture, sur le trottoir, surveillant au moins quatre ou cinq jeunes femmes slaves ? Est-ce à nous de supporter excréments, préservatifs dans notre environnement proche ? N'avons-nous pas le droit, d'être protégés par les pouvoirs publics ? ».

Sanctionner les clients

Le Comité de quartier des Baumettes, dont dépend ce secteur, a bien entendu été saisi du problème. Selon son président, Jean-Christophe PICARD, « afin de lutter contre ce phénomène, il faut commencer par sanctionner les clients des prostituées ».

Lui aussi est conscient des nuances tirées par les cheveux : « Certes, la prostitution n'est pas en soi interdite. Il existe bien un délit de racolage, mais il ne permet de verbaliser que les prostituées qui accostent les passants, ce qui est d'ailleurs quasiment impossible à démontrer. Néanmoins, en attendant un renforcement de la législation, nous rappelons que le maire peut recourir à l'article R.37-1 du code de la route. Celui-ci lui permet de prendre un arrêté réglementant l'« arrêt » des véhicules en double file sur la voie publique... Aussi, en interdisant les arrêts en double file sur certaines rues, il est possible de verbaliser les clients qui stoppent leur voiture pour accoster les prostituées ».

La Ville désarmée

On peut rêver... On voit mal, en effet, comment des policiers, dont les effectifs ne sont pas pléthoriques, pourraient passer leur temps à patrouiller jusqu'à l'aube, dans les endroits chauds, carnet de P.V. en main, avec toutes les autres urgences à gérer par ailleurs.

Jean HANOT, adjoint au maire, délégué à la sécurité, à la gestion de la voie publique et à la circulation, ne se cache pas les yeux : « Contre ces nuisances, la Ville est complètement désarmée. Encore plus que pour les SDF, qu'on peut faire partir pour des mesures d'hygiène car le code nous couvre. Or là, seul le racolage actif est répréhensible et pour le prouver... »

Au S.I.R. (service d'investigation et de recherche) du commissariat central de Nice, on indique, que « la police est à l'écoute et qu'elle effectue des contrôles réguliers ». Les fonctionnaires estiment d'autre part « que les ébats sur la voie publique ne sont pas l'idéal » et qu'effectivement, les cours intérieures, les voies privées, les impasses... sont plus courues pour la tranquillité.

Que faire alors ? « Envisager la pose de grilles, portiques, barrières électroniques... Cela dit, lorsque beaucoup de doléances sont enregistrées, on peut diligenter une opération pour que les filles aillent ailleurs, mais c'est décaler le problème plus loin... ».

Christine RINAUDO

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