Drôle de tram
Belle unanimité lors
de l'enquête publique sur le tramway qui s'est achevée le 16 mars : tout le
monde y trouve à redire
La démocratie de proximité est un exercice
usant et pénible. Voyez les Niçois: dans leur ensemble, ils voient d'un bon œil
l'arrivée du tramway à Nice, mais ils râlent quand même. Jamais contents !
Déjà, avant même de le donner, certains râlent
sur la façon dont on leur demande leur avis. Par exemple, Jean-Christophe
PICARD, président du Comité de quartier des Baumettes, regrette que «
seuls les Niçois soient consultés », alors que le tramway, qui fait partie des
prérogatives de la toute nouvelle Communauté d'agglomération, aurait permis de
faire vivre « concrètement » celle-ci. Visiblement, M. PEYRAT est conscient de
cette incongruité : on n'expliquerait pas autrement pourquoi il s'est engagé,
auprès de la Communauté d'agglomération, à ce que Nice prenne à sa charge le
coût de cette première ligne Nord-Sud.
Du coup, l'enquête publique ne concerne que la
construction de cette première ligne. Il est bon de le préciser, à lire l'unique
cahier de doléances mis à la disposition du public : nombreuses y sont les
contributions, qui ne seront pas prises en compte, insistant sur la nécessité de
commencer par la ligne Est-Ouest.
My (tram)way
Sur l'existence d'un tramway à Nice,
Jean-Auguste ICART, conseiller général en sursis, est le seul à en contester
l'utilité. Prétendant raisonner à l'échelle de la communauté d'agglomération, il
démontre, chiffres à l'appui, que « le problème majeur provient de l'apport
massif de véhicules depuis les autres communes ». D'après lui, c'est le trafic
Est-Ouest qui est saturé, et qu'il faut donc privilégier. Et nul besoin de tram
: il suffit d'utiliser la voie ferrée existante, quitte à en ajouter une
troisième, dont la construction est de toute façon prévue. Et pour les
déplacements en centre-ville, M. ICART se contenterait de développer le T.C.S.P.
(Transport en commun en site propre, des bus à gaz dans des couloirs
inaccessibles aux voitures).
Les autres critiques, sans nier la nécessité du
tramway, remettent en cause son tracé. La mairie veut d'abord construire la
ligne Nord-Sud, puis, dans un second temps, la ligne Est-Ouest. Plus tard en
tout cas, et s'il reste des sous, car le déficit d'exploitation de cette
première ligne, d'après la pessimiste Mme LAFON, présidente d'Accuse, pourrait
être de 7,6 millions d'euros constants par an jusqu'en 2021 (lire ci-contre). En
attendant donc, on se contentera, comme M. ICART, du T.C.S.P. de Magnan au Port.
Les Verts aimeraient bien que l'on n'attendent
pas trop longtemps quand même, voire, que l'on s'attelle à la ligne Est-Ouest
dès l'achèvement de la 1ère phase. Plus expéditif, M. RAFAÏ considère que
l'urgence commande de commencer par une ligne de côte (Est-Ouest), de prolonger
celle-ci à ses extrémités (Cagnes-sur-Mer et la Trinité) dans un 2éme temps, et
seulement après de s'occuper de la ligne Nord-Sud.
D'après un « enquêteur-public » interrogé par «
Babazouk », c'est devant l'opposition du SIEPAN (syndicat intercommunale d'étude
et de programmation de l'agglomération niçoise, ancêtre de la Communauté
d'agglomération), que M. PEYRAT a privilégié une ligne purement niçoise. Mais
dans la nouvelle Communauté d'agglomération qu'il préside, entièrement dévouée à
sa personne, M. PEYRAT n'a pas à faire face à une telle hostilité.
La foire aux
mécontents
Quelques particularités de ce tracé Nord-Sud
soulèvent de sérieux mécontentements. Les riverains du Rouret, où est prévu le
centre de maintenance, font remarquer que le sol, ici, n'est pas .
très stable, et que de toutes façons, ce
centre de maintenance sera trop petit lorsque sera achevée la seconde ligne. La
diagonale entre Auguste Raynaud et la place de la Libération, qui nécessitera
quelques expropriations et la destruction de villas Belle Epoque, semble pour
certains une aberration. Évitant
deux virages serrés, elle est sensée faire gagner du temps, mais personne ne
semble avoir pensé à mettre une station à chacun de ces virages, ce qui
obligerait ipso facto le tram à ralentir. De plus, la place de la Libération n'a
pas droit aux mêmes égards que les places Garibaldi et Masséna. Dans ces
dernières, les lignes électriques seront enterrées, alors qu'elles traverseront
la place de la Libé. Les ménagères pourront y pendre leur linge.
Plus à l'Est, les riverains et commerçants de
la rue Sourgentin, au-dessus de la gare Riquier, ne comprennent pas l'utilité de
cette boucle qui nécessitera l'installation d'un passage à niveau pour sortir de
chez eux. Les habitants de l'Ariane, enfin, ne comprennent toujours pas pourquoi
ils sont privés de tram. Cette desserte de l'Ariane est d'ailleurs l'une des
quatre conditions posées par le ministre des transports pour que l'État
participe au financement du tramway à Nice.
Gilles
MORTREUX
