L'abus de sondage nuit
gravement à la démocratie
Le lundi 24 février 2003, au Centre Universitaire Méditerranéen, le Maire de Nice a dévoilé les résultats d'un sondage téléphonique fait par automate d'appels auprès notamment des habitants du quartier n° 3 « Estienne d'Orves, Saint Philippe, Grosso, Le Piol, Les Baumettes ».
Après l'épisode des Conseils de quartiers imposés sans concertation, les citoyens ne pouvaient que se réjouir que l'on s'intéresse enfin à leurs avis...
Leur enthousiasme se sera, hélas, bien vite transformé en déception (celle-ci n'a d'ailleurs pas pu s'exprimer lors de cette présentation puisque le public ne pouvait pas prendre la parole !).
C'est, tout d'abord, la nature des questions posées dans le sondage qui est contestable. On déplorera, d'une part, l'utilisation de questions fermées qui conditionnent la réponse: « La mise en place de la territorialité se traduit pas une plus grande proximité de l'administration et des élus. Cela vous semble: 1) utile 2) très utile 3) peu utile 4) inutile? ». D'autre part, on regrettera l'absence de toute question permettant l'évaluation de la politique menée par la Municipalité; il aurait été notamment intéressant de poser comme question: « Comment jugez-vous la mise en place des Conseils de quartier dans votre territoire ? ».
Enfin, le recours même à la technique du sondage est critiquable. Outre leur coût exorbitant, les sondages ne doivent pas conditionner les décisions politiques pour une raison simple: la réalisation des souhaits immédiats des citoyens ne coïncide pas forcément avec leur intérêt sur le long terme. On sait, par exemple, que les habitants de Nice sont plutôt favorables à la création de davantage de parkings. Or, si l'on exauçait cette demande, on défigurerait encore plus Nice et on augmenterait la circulation automobile, et donc la pollution et le bruit ! Sur cette question, les élus ont donc plutôt le devoir de favoriser la multimodalité (la possibilité de choisir entre différents types de transport) et l'intermodalité (la possibilité de changer de mode de transport en cours de trajet), ce qui n'est pourtant pas une revendication des habitants. Aussi, le Maire de Nice, qui a rendu, lors de la présentation, un hommage appuyé à Paul VALERY dont le nom est lié au Centre Universitaire Méditerranéen, aurait été bien inspiré de se rappeler que ce grand penseur avait averti que « rien ne paraît plus difficile que de déterminer les vrais intérêts d'une nation qu'il ne faut pas confondre avec ses vœux
».
Jean-Christophe PICARD
Président du Comité de quartier des
Baumettes
